Editorial Novembre 2011

Posted on 14 novembre 2011

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Novembre 2011

De l’insatisfaction à l’impossible

Dans le séminaire xviii, D’un discours qui ne serait que du semblant, Lacan aborde sous un nouvel angle le mythe freudien de l’Œdipe et celui de Totem et tabou. Le premier est mis sous la houlette de l’insatisfaction hystérique du désir, tandis que le second est placé sous les hospices de l’impossible désir obsessionnel.[1] Témoignages de la vérité, s’il en est, des patientes hystériques de Freud pour l’un, de la structure obsessionnelle de Freud pour l’autre. Ils articulent « ce qui du rapport sexuel s’avère comme impossible à formuler dans le discours ».[2] Ces deux fictions suppléent à l’impossibilité pour le parlêtre d’écrire un rapport entre les sexes.

Le mythe œdipien met l’accent sur la loi première et primordiale qui vient donner un nom à la jouissance inter-dite, condition préalable à tout désir. L’objet interdit de l’inceste devient modèle d’objets du désir qui se déclinera dans une insatisfaction réitérée.

Alors que dans le mythe de Totem et tabou, à l’origine est la jouissance, d’où émerge, si je puis dire, la loi et par conséquent le groupe sous l’égide du modèle masculin. De là est réglé le lien entre les hommes et les femmes orienté par l’impossible du désir.

Les deux mythes fondateurs dialoguent entre eux. Faute de non-rapport sexuel, le mythe œdipien fait du lien social via la loi, tandis que Totem et tabou fait exister le pacte social par la communauté.[3]

À l’orée du xxième siècle, souligne Jacques-Alain Miller, « l’inexistence du rapport sexuel est devenue évidente jusqu’à pouvoir être explicitée, écrite, à partir du moment où l’objet petit a est monté au sociel »[4]. À l’époque du déclin de la fonction paternelle et de la monté de l’objet a au zénith social, les modes du lien social et la régulation de jouissance sont subvertis. Il ne s’agit plus de faire consister le non-rapport par la voix de l’insatisfaction mais par le labyrinthe de l’impossible. À l’instar du mythe de Totem et tabou, c’est de la jouissance que s’étaye la loi. La jouissance ordonne la loi plutôt qu’elle ne prenne ordre de la loi. « La dictature du plus-de-jouir dévaste la nature, elle fait éclater le mariage, elle disperse la famille et remanie le corps [ouvrant les portes à] une posthumanité. »[5]

Jouis ![6] Voilà donc la vocifération du surmoi pour faire consister le rapport sexuel sachant pertinemment qu’il n’y en a pas.

Jouis ! Tel est le maître mot ordonné par un surmoi qui prend racine « de ce père originel, plus que mythique, de cet appel comme tel à la jouissance pure, c’est-à-dire aussi à la non-castration»[7]

Enseignements de l’ECF

Cette problématique contemporaine est au cœur de notre actualité lacanienne. Elle sera à l’ordre du jour du congrès international de l’amp qui se déroulera à la Ciudad Autonoma de Buenos Aires en avril prochain. L’ordre symbolique au xxième siècle est ouvert à tous. Informations et inscription sont à retrouver sur www.congresoamp.com

La seconde soirée préparatoire du congrès à l’ecf aura lieu le 22 novembre. Pierre-Gilles Gueguen et Philippe La Sagna s’attelleront à la version contemporaine du fétichisme.

Par ailleurs, les Enseignements proposés par l’ecf en son local de la rue Huysmans aborderont sous différents axes ce que l’Orientation lacanienne peut articuler aujourd’hui du malaise dans la civilisation.

Les Soirées de la bibliothèque questionneront le signifiant vivant en Chine et en occident.

Les débats de l’Observatoire interrogeront l’actualité des problèmes cruciaux pour la psychanalyse. Deux enseignants par soirée débattront avec l’équipe de l’Observatoire. Il s’agira de veille et d’analyse « des dérives politiques qui se haussent de l’illusion d’un conditionnement universel. »[8]

Les soirées Psychanalyse et cinéma se laisseront enseigner sur les couples d’aujourd’hui par le cinéma contemporain. Comment le couple fait consister le rapport sexuel qui n’existe pas sachant qu’il y a là un impossible ?

Les Études freudiennes aborderont l’illimité de l’Autre jouissance quand les Études lacaniennes vogueront de Charybde en Scylla …Ou pire, entre Y’a pas et y’a d’l’Un.

Les Enseignements de l’École de la passe ne pourraient se passer, sinon pour s’en servir, de l’Enseignement des AE. Les Analystes de l’École aborderont, chacun selon leur axe, le passage du symptôme au sinthome.

Soirées qui ne sauraient se nouer sans l’exercice de la topologie nous confrontant à un réel pour aborder celui-ci : Le réel c’est la topologie.

Une série de soirées sur Descartes interrogera la conjoncture contemporaine à partir de la réponse du philosophe-héros-rêveur au suspens de la vérité qui particularisait son époque.

Etude à l’ACF-ÎdF

Les cartels, les ateliers et groupes d’étude essaimés au quatre coins de l’Île-de-France poursuivent leurs travaux d’étude avec rigueur, vous trouverez plus d’info dans les pages suivantes. Ce mois-ci quatre temps forts scanderont certains travaux, mettant ainsi à l’épreuve de notre communauté d’étude leur recherche.

Cartel à ciel ouvert

Le séminaire-cartel animé par Pascal Pernot se réunira pour sa seconde soirée de l’année universitaire, la 9ème de son cycle préparatoire au congrès de l’amp, le jeudi 17 novembre. Il poursuit sa progression sur le thème « Noms et nomination » avec Pascal Fari et Annie Dray-Stauffer.

 

Criminologie lacanienne

Le samedi 19 novembre, l’atelier de lecture de textes de Jacques Lacan, Passage à l’acte et criminologie lacanienne, nous présentera sa troisième après-midi d’étude. Dominique Laurent nous orientera dans les méandres de la Clinique du crime et du passage à l’acte

Les concepts et leurs histoires

L’Atelier histoire des concepts exposera son travail de recherche le 26 novembre autour de la psychose ordinaire interrogeant ainsi les borderlines et autres états limites d’une clinique désorientée. Alfredo Zenoni ouvrira les travaux de cette journée.

 

Escapade japonaise

À Beaubourg, l’artiste japonaise Yayoi Kusama expose 150 œuvres réalisées entre 1949 et 2011. Sa démarche créatrice s’origine d’une hallucination lors d’un repas familial. Les fleurs rouges de la nappe se multiplient pour se répandre du sol au plafond puis sur son corps. L’escapade aura lieu le 26 novembre.

Charles-Henri Crochet

Délégué régional de l’acf-idf

chcrochet@free.fr


[1] Lacan, J., Le Séminaire, livre XVIII, D’un discours qui ne serait pas du semblant, Paris, Seuil, 2006, p. 158.

[2] Ibid. p. 160.

[3] Brousse, M.-H., Sur les traces de l’hystérie moderne, site Uforca, pour l’université populaire Jacques Lacan, lacan-université.fr, juin 2010.

[4] Miller J.-A., Une fantaisie, La psychanalyse appliquée à tous les âges, Mental, n° 15, Paris, NLS, février 2005 p. 18.

[5] Ibid., p. 19

[6] Lacan, J., Op. Cit., p. 178.

[7] Ibid., p. 177.

[8]Lacan, J., Autres écrits, Acte de fondation, Paris, Seuil, 2001, p. 232.

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