Editorial Septembre 2011

Posted on 9 septembre 2011

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Septembre 2011

« Je parle aux murs » Jacques Lacan

En ce jour anniversaire de la disparition de Jacques Lacan, laissons résonner ses dits. Voici un morceau choisi des entretiens de la chapelle de Sainte-Anne prononcés en 1971-1972. Jacques-Alain Miller les pointe comme un « leçon de sagesse, pour une époque, la nôtre, qui voit la bureaucratie, au bras de la science, rêver de changer l’homme dans ce qu’il a de plus profond – par la propagande, la manipulation directe du cerveau, la biotechnologie, ou encore le social engineering. Avant certes, ce n’était pas bien, mais demain pourrait être pire. »[i]

Jacques Lacan :« Le naturel, parlons-en, c’est tout ce qui s’habille de la livrée du savoir, et Dieu sait que ça ne manque pas. Le discours universitaire est fait uniquement pour que le savoir fasse livrée. L’habillement dont il s’agit, c’est l’idée de la nature. Elle n’est pas près de disparaître du devant de la scène. Non pas que j’essaie de lui en substituer une autre. Ne vous imaginez pas que je suis de ceux qui opposent la culture et la mature, ne serait-ce que parce que la nature est précisément un fruit de la culture. Mais enfin, à ce rapport le savoir/la vérité ou la vérité/le savoir, comme vous voudrez, nous n’avons même pas commencé d’avoir le plus petit commencement d’adhésion, comme à ce que nous disons de la médecine, de la psychiatrie, et d’un tas d’autres problèmes.

Nous allons être submergés avant pas longtemps, avant quatre ou cinq ans, de problèmes ségrégatifs, que l’on fustigera du terme de racisme. Tous ces problèmes tiennent au contrôle de ce qui se passe au niveau de la reproduction de la vie, chez des êtres qui trouvent, en raison de ce qu’ils parlent, avoir toutes sortes de problème de conscience. Il est inouï que l’on ne se soit pas encore aperçu que les problèmes de conscience sont des problèmes de jouissance.

Mais enfin, ces problèmes, on commence seulement à pouvoir les dire. Il n’est pas sûr du tout que cela ait la moindre conséquence, puisque nous savons que l’interprétation demande, pour être reçue, ce que j’appelais en commençant du travail. Le savoir, lui, est de l’ordre de la jouissance. On ne voit absolument pas pourquoi il changerait de lit. Si les gens dénoncent ce qu’ils appellent l’intellectualisation, c’est simplement qu’ils sont habitués par expérience à s’apercevoir qu’il n’est nullement nécessaire ni nullement suffisant de comprendre quelque chose pour que quoi que ce soit change.

La question du savoir du psychanalyste n’est pas du tout de savoir si ça s’articule ou non, mais de savoir à quelle place il faut être pour le soutenir. […]

La question est de savoir ce que la science – à laquelle la psychanalyse, tout autant qu’au temps de Freud, ne peut rien faire de plus que faire cortège – peut atteindre qui relève du terme de réel.

La puissance du symbolique, elle, n’a pas à être démontrée. C’est la puissance même. Il n’y a aucune trace de puissance dans le monde avant l’apparition du langage. Dans ce qu’il esquisse de l’avant-Copernic, Freud s’imagine que l’homme était tout heureux d’être au centre de l’univers et s’en croyait le roi. C’est une illusion absolument fabuleuse. S’il y a quelque chose dont l’homme prenait l’idée dans les sphères éternelles, c’était précisément que là était le dernier mot du savoir. Qui sait dans le monde quelque chose ? Ce sont les sphères éthérées. Elles savent. Et il faudra du temps pour que ça passe. C’est bien en quoi le savoir est associé dès l’origine à l’idée du pouvoir. »[ii]

Charles-Henri Crochet

Délégué régional de l’ACF-IdF


[i] Lacan, J., Je parle aux murs, Paris, Seuil, 2011, 4ème de couverture.

[ii] Ibid. p. 36-39.

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