Editorial Juin 2011

Posted on 13 juillet 2011

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De NYC à Bruxelles, Paris et BA,

 « aspiration, non pas vers le réel mais par le réel » !

DSK ou « la nudité du père ivre »

L’affaire dsk bat son plein. Élevée à la dignité d’une affaire d’état, elle est promue évènement planétaire. Vie privée et vie publique se conjuguent dans une glasnost fébrile hystérisée par les médias. Grisés par leur voyeurisme triomphant, ils atteignaient leur paroxysme en exhibant à la vindicte populaire du judiciable menotté et humilié, pour reprendre le dit de Michel Foucault.

En effet, devant un parterre de magistrat en 1977 à Goutelas, Foucault abordait l’évolution de la chose judiciaire en ces termes. « La consommation entre dans le champ du judiciaire, la consommation devient du « judiciable ». Je dis judiciable car le justiciable étant celui qui a à rendre compte devant la justice, je dirais que le judiciable c’est le domaine d’objets qui peuvent entrer dans le champ de pertinence d’une action judiciaire. […] La consommation devient du judiciable, l’information, c’est la même chose. »

Dès les premières minutes de son arrestation, soit en temps réel, l’information éclate au grand jour sur les réseaux sociaux pour se propager sans entraves sur le village planétaire. L’imaginaire galopant s’enivre de complot international, manipulation politico-français, intrigues pré-électorales, indignation populiste, défense d’une amitié outrée, j’en passe et des meilleurs.

Jacques-Alain Miller dans son article « DSK, entre Eros et Thanatos », commandé par l’hebdomadaire Le Point du 19 mai dernier, nous permet, comme à l’accoutumer, de prendre du recul et de la hauteur cessant ainsi d’être aveuglé par ce trop de transparence. Il nous délivre une leçon de clinique, voile pudique jeté sur l’horreur exhibée d’un acte présumé, poursuivant ainsi « l’éducation freudienne du peuple français » et par la même, celle du Champ freudien.

J.-A Miller donne la parole à l’inconscient et à ses formations pour en extraire la poussée pulsionnelle : « Après la découverte de l’inconscient, qui est un lieu d’être où la vérité parle, même si c’est pour mentir, Freud a été conduit à isoler ce qu’il appelait le « ça », où règne le silence des pulsions. Avec dsk, menottes aux mains, le discours universel vient donner au ça freudien son emblème, son témoin et, dirai-je, son martyr. »

C’est ensuite du rapport, s’il en est, de l’homme à une femme que J.-A. Miller égraine les diverses modalités de la position masculine…

Subversion du sens

Quant à l’autre versant, celui de la sexuation féminine, tournons-nous vers la Belgique. Non pas parce qu’elle se veut pas-toute et divisée en son royaume mais parce que Bruxelles réunira le congrès fondateur de l’Eurofédération le 2 et 3 juillet prochain. Il est toujours temps de s’y inscrire. C’est donc dans la ville aux armoiries de gueules sur lesquelles figure un Saint Michel d’or terrassant le démon de sable que nous nous retrouverons pour interroger un des signifiants maîtres contemporains qu’est la santé mentale.

Nous y suivront Lacan qui, le 26 février 1977, y tenait son « Propos sur l’hystérie ». Il y était invité par une quinzaine de jeunes analystes souffrant d’une école belge qui s’éloignait de l’enseignement de Lacan et de la formation qu’il y avait instituée. Vous trouvez publié ce texte dans la fameuse revue de psychanalyse l’ecf et de l’acf en Belgique, Quarto n° 90  de juin 2007.

Lacan introduit son propos en se demandant un tantinet nostalgique : « Où sont passée les hystériques de jadis, ces femmes merveilleuses, les Anna O., les Emmy von N. ? […] L’hystérie ne s’est-elle pas déplacée dans le champ du social ? » L’affaire du « grand ordonnateur du signifiant monétaire à l’échelle mondiale » confirme cette métonymie…

Le mois suivant, au cours de Séminaire xxiv, « L’insu que sait de l’une-bévue s’aile à mourre », il se réfèrera plusieurs fois à cette soirée privée. Un tant soi peu provocateur pour réveiller le peuple des analystes, il reviendra sur le signifiant « escroquerie » prononcé dans la capitale belge. Lors de la leçon du 15 mars 1977 il déploie sa pensée : « C’est sur quoi j’insistais en faisant tourner mes lettres, et en vous parlant du S1 qui paraît promettre un S2. […] La psychanalyse est peut être une escroquerie, mais ce n’est pas n’importe laquelle – c’est une escroquerie qui tombe juste par rapport à ce qu’est le signifiant, soit quelque chose de bien spécial, qui a des effets de sens. Aussi bien suffirait-il que je connote le S2 non pas d’être dans le second temps, mais d’avoir un sens double, pour que le S1 prenne sa place correctement […] A cet égard, la psychanalyse n’est pas plus une escroquerie que la poésie elle-même. »

1, 2, 3, 4 cartels sur la Praxis

Lacan conclura son intervention belge en posant une autre question : « Qu’est-ce que la neutralité de l’analyste, si ce n’est justement cette subversion du sens ? À savoir cette espèce d’aspiration non pas vers le réel mais par le réel. » Réponse qui nous mène, sans transition, vers les prochaines journées de l’ecf qui auront lieu à Paris le 8 et 9 octobre 2011.

Nous les préparons à l’acf idf, vous le savez.

Quatre cartels express s’y attellent. Ils exposeront une partie de leurs travaux lors de l’après-midi du samedi 26 juin prochain à l’Université Chicago. Nous aurons la chance d’accueillir Esthela Solano qui a accepté de nous éclairer. « Faites comme moi mais ne m’imitez pas » sera notre première boussole pour explorer ce qu’est une pratique orientée par la psychanalyse lacanienne.

« Comment on fait pour ne pas être mouru ? »

Avec Michèle Laboureur, nous aborderons une praxis tout aussi singulière, Elle présentera son livre, Jérôme et ses quelques traits d’autisme, le mardi 28 juin chez L’Harmattan. Yves-Claude Stavy nous accompagnera sur les chemins tortueux empruntés par Jérôme muni de son bâton de pèlerin.

Michèle Laboureur y déploie avec minutie et rigueur la cure de Jérôme.  Ce jeune garçon bien mal en point fera un parcours conséquent s’appuyant sur un double qui a su se rendre disponible. On voit Jérôme, au fil des séances, se constituer un bord en pointillés pour se faire un corps, et articuler une parole qu’il ose enfin prendre avec les risques que cela comporte. Lors d’une séance où il cerne sa question sans attendre pour autant de réponse.  Il clame « Comment on fait pour ne pas être mouru ? » C’est alors qu’il l’extraterrestre…

 

À ciel ouvert

Autre invention que celle de Joyce avec son travail sur le signifiant, revenant cent fois sur le métier. « Joyce le Symptôme », paradigme de ce qu’une analyse isole soit une écriture du sinthome. Pierre Naveau nous fera l’honneur de venir nous en parler sous le titre « L’invention des noms et des mots par Joyce dans Ulysse ».

Le séminaire-cartel animé par Pascal Pernot se réunira pour sa dernière soirée de l’année universitaire, la 7ème, le jeudi 16 juin.  Il poursuit sa progression sur le thème « Noms et nomination » vers le congrès de l’amp à Buenos-Aires en avril prochain.

Invitation au voyage

Et je ne finirai pas sans vous inviter à lire dans le Courrier la rubrique des Cartels de Mariana Alba de Luna.  Elle nous propose ce mois-ci de découvrir les témoignages de Sylvette Perazzi et Michel Grollier : recueils de leurs premiers pas, hésitations, découvertes, surprises et gay sçavoir…

Charles-Henri Crochet
Délégué régional de l’ACF-IdF

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