Interview Cartels

Posted on 7 mai 2011

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Interviews

 «POURQUOI CARTELLISEZ-VOUS ?»

Serena Guttadouro,

Psychologue au Centre Clos Benard, Auverbilliers

&

Jean-Pierre Rouillon,

Psychanalyste, membre de l’ECF

ont très cordialement acceptés de répondre à ce quelques questions que je leur ait proposés sur leur expérience en travail de cartels. Leurs textes sont riches et vivantes, je les remercie pour leur apport à cette question centrale à l’étude de la psychanalyse qui nous anime.

Nous espérons accueillir d’autres témoignages qui nous invitent ainsi au voyage et à la découverte de ce que peut produire dans chacun, un travail en cartel.

Parce que … «Parfois on arrive, (…) là où on ne s’y attendait pas !»

Serena Guttadouro

1) Votre premier cartel ? Quel souvenir ?

La lecture du séminaire III ! J’avais très envie de commencer la lecture de Lacan avec d’autres personnes et j’attendais un éclairage particulier concernant des passages dans le texte que je trouvais très obscures….Tout n’a pas été éclairé, mais la rencontre fut l’occasion de découvrir aussi le transfert de travail « à plusieurs »! J’en garde un bon souvenir.

2) Votre meilleure contingence d’un texte en cartel ?

Relire « La direction de la cure… » en allant chercher (grâce au plus un du cartel) plusieurs textes cités, cliniques ou pas, pour faire raisonner le texte de Lacan avec son temps et jusqu’à aujourd’hui.

3) Votre « mot » découvert lors d’un cartel ? Pourquoi ?

Plutôt qu’un mot, il y a un passage dans le Séminaire III qui m’a d’abord interpellé  par sa justesse et qui m’est toujours resté à l’esprit : « Ne savons-nous pas, psychanalystes, que le sujet normal est essentiellement quelqu’un qui se met dans la position de ne pas prendre au sérieux la plus grande part de son discours intérieur? Observez bien chez les sujets normaux, et par conséquent chez vous-mêmes, le nombre de choses dont c’est vraiment votre occupation fondamentale que de ne pas les prendre au sérieux. Ce n’est peut-être rien d’autre que la première différence entre vous et l’aliéné. Et c’est pourquoi l’aliéné incarne pour beaucoup, et sans même qu’il se le dise, là où ça nous conduirait si nous commencions à prendre les choses au sérieux ». (Séminaire III, p. 140)

4) Votre définition de cartel

Un « gai savoir » qui se construit à travers les questions de chacun, mais pour chacun de manière personnelle.

5) Pourquoi cartellisez-vous ? (Faire des cartels)

Parce que c’est une bonne manière de lire des textes et de travailler des questions parfois compliquées, avec un plus un qui « guide » et écoute attentivement le travail de chacun. Parfois on arrive, à travers ce parcours, là où on ne s’y attendait pas ! C’est aussi l’intérêt d’un travail en groupe, toujours enrichissant, où chacun peut amener son grain de sel.

« Le savoir portait enfin à conséquence…»

Jean-Pierre Rouillon

1) Votre premier cartel ? Quel souvenir ?

Mon premier cartel a eu lieu en 1982. Il s’agit d’un cartel tiré au sort. Le plus-un nous avait donné « L’étourdit » comme texte de référence. Autant dire que la compréhension n’était pas de mise pour des débutants. Mais, l’enthousiasme étant toutefois au rendez-vous, nous avons choisi comme thème de travail, le mot d’esprit : « la pointe de l’S-prit ». Aussi, le cartel fut plutôt joyeux. Commençant mon analyse, ce cartel fut pour moi l’occasion de passer des jeux de la langue, à la logique de l’inconscient. C’est la dimension de l’acte qui s’est alors pointé sans crier gare. Quel souvenir ? Inoubliable. Le savoir portait enfin à conséquence, ce qui n’était pas négligeable pour quelqu’un qui se trouvait dans l’errance.

2) Votre meilleure contingence (rencontre) d’un texte en cartel ?

Le travail pendant deux ans sur le Séminaire XI quelque temps après le premier cartel. Un texte où se nouent les dimensions logique et politique, un texte où l’engagement dans la cause analytique est au premier plan. Cette lecture à plusieurs ardente, passionnée, où l’angoisse surgit plus d’une fois et la joie de la découverte d’une voix, d’un discours qui ne cède pas devant les embrouilles de l’existence.

3) Votre « mot » découvert lors d’un cartel ? Pourquoi ?

Le « mot », le signifiant tout seul qui détermine une existence dans la fixité de sa profération, ce n’est pas le cartel qui l’a mis au jour, qui en a permis la découverte, mais l’analyse. Pour moi, le cartel est surtout mouvement, recherche, serrage, nouage. Il a à voir avec le trou dans le réel à partir duquel peut se produire une élaboration, élaboration qui cède la place à une autre pour préserver la dimension de la contingence.

4) Votre définition de cartel

Je n’ai pas de définition propre du cartel, je reprends celle de Lacan, puis celle de Jacques-Alain Miller. Il m’importe comme instrument indépassable pour se confronter aux textes de Lacan et de Freud. Je regrette juste que la dimension de recherche du cartel ne soit pas plus au premier plan, malgré les efforts de l’ECF. Mais, ce qui me semble surtout important, c’est que l’esprit, la logique du cartel continue d’être au principe de l’Ecole de la Cause freudienne. C’est ce qui fait de l’Ecole, un lieu où peut s’inventer le discours analytique à l’heure du XXI° siècle.

5) Pourquoi cartellisez-vous ? (faire des cartels)

Tout simplement parce que l’on continue de me demander de faire partie de cartels, et que c’est à chaque fois une joie de s’enseigner des façons singulières de lire Lacan et Freud. Si la lecture et la recherche ne peuvent se concevoir sans s’affronter à une certaine solitude, la dimension du dialogue et de la conversation demeurent essentielle pour élaborer un savoir qui a chance de se faire entendre.

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