La rentrée des Cartels

Posted on 26 septembre 2010

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L’Actualité des Cartels

à l’ACF-IdF

Appel à constitution de cartels express


Vers PIPOL 5

Premier Congrès européen de Psychanalyse

Does Mental Health exist ? La Santé mentale existe-t-elle ?

¿ La Salud Mental existe ? Esiste la salute mentale ?

Square Brussels Meeting Centre –  Bruxelles,  2 et 3 juillet 2011


À Barcelone, PIPOL 4 nous a conduit sur les chemins sinueux de la « clinique et [de la] pragmatique de la désinsertion ». Par le biais de la singularité du sujet en proie avec la complexité du nouage du lien social, nous avons emprunté les voix de la désinsertion, un des noms du malaise dans la civilisation. « Il convient [nous indiquait Jacques-Alain Miller] de passer à l’étude thématique, différentielle, graduée, des situations subjectives de déprise sociale. »[1] Soit, par le détour de la rencontre avec un analyste : comment ça « [rate] de la bonne façon » ou comment un sujet fait avec sa singularité, de l’universel.

À Bruxelles, PIPOL 5 en sera la suite logique en nous conduisant sur l’autoroute de la Santé mental. Prônée de manière formelle ou plus implicite par le discours du maître et ses avatars, ce syntagme s’immiscie dans tous les interstices de notre société. Il s’agit d’en interroger l’ek-sistence. Philippe Hellebois, dans le Bulletin de l’Eurofédération de Psychanalyse[2], PIPOL News 8, du 5 septembre 2010, commente le titre qu’il a proposé pour cette prochaine rencontre[3]. À lire donc…

Le porte-drapeau planétaire de la santé mentale est l’OMS[4]. L’union Européenne, le Ministère de la Santé, etc. se réfèrent à la définition instituée par la principale organisation de santé publique dans le monde. La santé mentale est « un état de bien-être permettant à chacun de reconnaître ses propres capacités, de se réaliser, de surmonter les tensions normales de la vie, d’accomplir un travail productif et fructueux et de contribuer à la vie de sa communauté ». La santé mentale relève « directement ou indirectement du bien-être. [C’est] un état de complet bien-être physique, mental et social, [qui] ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité, [ou] de troubles mentaux. »

IL FAUT que TOUS soient en bonne santé bio-psycho-social. La maxime est valable pour tous, nul ne peut faire exception à la règle. C’est un droit ! Elle exige une attention de tous pour le bien de tous et de chacun. C’est une préoccupation de santé publique. L’OMS suggère « d’intégrer la santé mentale dans les soins primaires », de la promouvoir tout au long de la vie et logiquement de la prévenir.

On mesure alors les conséquences ségrégatives de cette injonction universalisante dictée par l’OMS.  Et on entend le chant des sirènes neuro- comportementales mettant sous silence le sujet, bâillonnant l’inconscient et canalisant ses ratages. On voit se déployer l’arsenal de l’imagerie cérébral pour lequel nulle vague signifiante singulière n’est tolérée.

Les sensations, le siège de la pensée est situé dans le Système nerveux central. Cet organe, au même titre que les autres, se doit de marcher selon La norme instituée – à savoir au pas. L’écran révèlera le bon fonctionnement de la machine à penser. Voilà la conception de l’homme  imposée par l’OMS : « À mesure que progresse la révolution moléculaire, les chercheurs acquièrent les moyens de visualiser l’activité du cerveau humain vivant qui accompagne les sensations et la pensée, et de comprendre pourquoi il fonctionne parfois moins bien qu’il ne le devrait. Les futurs progrès leur permettront de mieux comprendre le lien entre cet organe et les fonctions complexes à la base de la vie mentale et du comportement. Les avancées de l’imagerie cérébrale et d’autres techniques d’investigation permettront d’observer en temps réel le système nerveux en action. »

Même si l’OMS admet qu’on ne connaît pas « parfaitement les causes de nombreux troubles mentaux », elle s’oriente sans vergogne du modèle contemporain bio-psycho-social. Elle considère que les troubles « sont influencés par une association de facteurs biologiques, psychologiques et sociaux : événements stressants, contexte familial difficile, pathologies cérébrales, hérédité, problèmes génétiques ou médicaux. Dans la plupart des cas, on peut les diagnostiquer et les traiter efficacement. »

L’efficace du traitement, on le doit, comme de bien entendu, aux « immenses progrès réalisés dans de nombreux domaines [par] les sciences biologiques et comportementales » que l’OMS englobe dans une médecine généraliste. « Les progrès des neurosciences et de la médecine du comportement montrent qu’à l’instar de nombreuses maladies physiques, les troubles mentaux et du comportement sont le résultat d’une interaction complexe de facteurs biologiques, psychologiques et sociaux. […] Nous avons déjà les connaissances et les moyens nécessaires pour réduire l’impact des troubles mentaux et du comportement dans le monde. »

Suit l’acte de foi de L’OMS :

« Nous savons aujourd’hui que la plupart des maladies mentales et physiques sont influencées par un ensemble de facteurs biologiques, psychologiques et sociaux.

Nous savons que les troubles mentaux et du comportement ont une origine dans le cerveau.

Nous savons qu’ils touchent des personnes de tous âges dans tous les pays et qu’ils affectent aussi bien les familles et les communautés que les individus.

Nous savons aussi que, dans la plupart des cas, ils peuvent être diagnostiqués et traités dans des conditions rentables. »

L’objectif, légitimé par notre société, est donc avoué dans ce Credo. Il s’agit de guérir de manière « rentable », coûte que coûte pour le sujet. Il s’agit de réinjecter dans la société les brebis galeuses pour « le bien-être général des individus, des sociétés et des pays. » « Grâce à la somme de connaissances que nous avons acquise, les personnes atteintes de troubles mentaux ou du comportement peuvent maintenant espérer pouvoir vivre pleinement et de façon productive dans leur propre communauté. »

Et si l’on s’écarte de la norme instituée la solution, rentable, au problème se décline en répression, reformatage, rééducation, normalisation. Le cerveau défectueux sera réparé et son propriétaire pourra ainsi rentrer dans le monde du tous pareils, consommateur attentif et soucieux des objets produits par notre culture pour en jouir sans entraves.

Pourtant, nous, considérons que le particulier se disjoint de tout universel et ne s’y laisse pas dissoudre. Ce particulier, nous rappelle Jacques-Alain Miller[5] est « rendu à la singularité, à l’originalité voire à la bizarrerie du cas par cas. » dans l’expérience analytique.[6]

Pourtant, nous croyons qu’un gap existe chez l’être parlant. Point où Lacan situe l’inconscient forgé par Freud.

Pourtant nous constatons que notre ek-sistence est faite d’achoppements, de défaillances, de fêlures, de trébuchements, de ratages, de discontinuités, de vacillations, de ruptures…

Pour préparer cet évènement européen, nous vous proposons de vous constituer en cartels express. Les travaux produits pourraient trouver à s’exposer, en fin d’année, au cours d’une journée préparatoire à PIPOL 5 organisée par l’ACF IdF, voire lors de ce temps fort auquel nous convie l’École.

D’ores et déjà, un cartel express clinique est au travail en vue de se préparer à PIPOL 5. Les cartellisants, se sont réunis autour de l’Aide Social à l’Enfance, très affectée par la santé mentale.

Alors, que se constituent des cartels express ou plus classiques « où chacun, du plus novice au plus expérimenté, prend appui sur le moment logique de sa propre cure ou sur ce qui dirige son activité vers l’École[7] » !

Charles-Henri Crochet

Délégué aux cartels à l’ACF-IdF


[1] Miller, J.-A., vers pipol 4. champfreudien.org

[2] Pour s’inscrire PIPOL News, un simple mail à pipolnews-subscribe@yahoogroupes.fr

[3] http://ampblog2006.blogspot.com/2010_09_05_archive.html

[4] Rapport sur la santé dans le monde, la santé mentale, nouvelle conception, nouveaux espoirs, 2001.

[5] JAM, La « formation » de l’analyste, la formation entre guillemets des psychanalystes, La cause freudienne, n°52, nov. 2002.

[6] Id.

[7] Jean-Daniel Matet, annonce de la soirée de rentrée des cartels 2009 : « La transmission de la psychanalyse par le cartel ».

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Posted in: Actus, Cartels